les Éditions Triptyque



Soudain le Minotaure
SOUDAIN LE MINOTAURE
Marie Hélène POITRAS
– roman –
ISBN : 978-2-89031-437-5, 177 p., 18$
ISBN : 978-2-89031-653-9, 158 p., 13$ (format de poche | édition revue et augmentée d'une postface de l'auteure [2009])

Marie Hélène Poitras




















Lauréate du prix Anne-Hébert

Novembre, un soir de neige et de violence. Dans un appartement de Montréal, une rencontre qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Le quotidien bouleversé par l'arrivée d'un être venu apporter la peur en cadeau.

Quelques mois plus tard, depuis le fond de sa cellule, Mino Torrès décharge son fiel. Quant à Ariane, c'est entre Munich et Berlin qu'elle renoue avec ses sens.Deux versions complémentaires d'un brusque corps-à-corps.

[extrait]


« Elles ouvraient les jambes. Eduardo et Leandro avaient gagé sur Manuel et moi. On prenait place avant le début de la course. Leandro était de mon côté. C’était l’équipe Leandro-Mino montée sur Conchita contre Eduardo-Manuel et leur jument Victoria. Je ne voulais pas être là. Manuel a atteint la ligne d’arrivée en moins d’une minute. Quant à moi, j’avais l’impression de m’engouffrer dans une blessure ouverte, de tomber dans une mer de chair tiède. Je regardais le volcan, les seins immenses de Conchita, les pétillements phosphorescents se précipitant hors de la bouche de l’Arenal, j’entendais les beuglements de Leandro, les gémissements de Conchita et faisais tout en mon possible pour ne pas voir ses yeux.


Tous mes muscles s’étaient raidis. Mes mouvements m’apparaissaient ridicules, répétitifs et dignes de colère. J’avais le sentiment que ce n’était pas exactement ce qu’il fallait faire. Que je m’exécutais comme un lézard, que je remuais du milieu du corps à la manière d’une balançoire tordue. Conchita était comme un animal abattu, qui expulse ses derniers jets d’air. Ce duvet à la gorge qu’elle m’offrait sans scrupule. Ses yeux révulsés, à faire peur. Et Maria qui devait encore vendre des fruits confits dans un parc bordélique. Je pensais à ces choses pour oublier mon sexe avalé par le ventre de Conchita. Il m’a semblé que j’avais atteint un point de non-retour. Je continuais et n’allais nulle part. Je pensais à autre chose pour anesthésier ces sensations. C’était trop intime pour être étalé à la vue de Leandro, d’Eduardo, de Manuel et de Victoria qui replaçait sa jupe, tout près. Mon corps entier était gonflé, des fleuves de sang déferlaient dans mes veines, à grands flots, pour m’irriguer le sexe. Il m’a semblé que la scène se poursuivrait jusqu’à l’infini. J’allais être malade. »



De la même auteure :

→ La mort de Mignonne et autres histoires (2005)